ambre40

LE MIROIR D’ UN MOMENT

Il dissipe le jour,
Il montre aux hommes les images déliées de l’apparence,
Il enlève aux hommes la possibilité de se distraire.
Il est dur comme la pierre,
La pierre informe,
La pierre du mouvement et de la vue,
Et son éclat est tel que toutes les armures, tous les masques en sont faussés.
Ce que la main a pris dédaigne même de prendre la forme de la main,
Ce qui a été compris n’existe plus,
L’oiseau s’est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L’homme avec sa réalité.

Paul Eluard*

(via ambre40)

Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses

Le jour est paresseux mais la nuit est active

Un bol d’air à midi la nuit le filtre et l’use

La nuit ne laisse pas de poussière sur nous



Mais cet écho qui roule tout le long du jour

Cet écho hors du temps d’angoisse ou de caresses

Cet enchaînement brut des mondes insipides

Et des mondes sensibles son soleil est double.



Sommes-nous près ou loin de notre conscience

Où sont nos bornes nos racines notre but


Le long plaisir pourtant de nos métamorphoses

Squelettes s’animant dans les murs pourrissants


Les rendez-vous donnés aux formes insensées

A la chair ingénieuse aux aveugles voyants


Les rendez-vous donnés par la face au profil

Par la souffrance à la santé par la lumière

A la forêt par la montagne à la vallée

Par la mine à la fleur par la perle au soleil


Nous sommes corps à corps nous sommes terre à terre

Nous naissons de partout nous sommes sans limites

 Paul Eluard, Notre mouvement